Freud à la Gay Pride ?

Publié le par onfray

Où l'on apprend que l'homosexualité n'est pas bien loin de la zoophilie...
Ci-joint un entretient donné à un site sur la question homosexuelle :

1. On présente souvent Freud comme un précurseur de la révolution sexuelle des années 60, et la psychanalyse comme une pensée sans laquelle les mouvements de libération des femmes et des homosexuels n’auraient pas pu voir le jour. En quoi cette vision est-elle pour vous erronée ?

Elle est erronée parce que la libération sexuelle est un acquis du freudo-marxisme de la seconde moitié du XX° siècle et non du freudisme. Freud était ontologiquement homophobe, même s’il ne l’est pas sociologiquement ou politiquement. En 1897, il aurait même signé une pétition initiée par le sexologue allemand Magnus Hirschfeld appellant à abroger un article du Code Pénal allemand qui réprimait l’homosexualité masculine. Freud est contre la libération sexuelle : il sait qu’elle est impossible, impensable, puisque la civilisation se constitue à partir de la répression des instincts sexuels et qu’il joue la carte de la civilisation contre celle des instincts.

ParDrapeauGay ailleurs, il fait du phallus la loi à partir de laquelle s’organise la normalité selon ses vœux : l’homme, le mâle, le phallus, le pénis. Dès lors, la femme est pensée comme un homme auquel il manque un pénis, un manque qui structure son être et explique son comportement – et Freud reprend sur ce sujet tous les clichés misogynes et phallocrates : inférieure, incapable de justice, frivole, jalouse, lire l’affligeant De la sexualité féminine (1931). Découvrant le sexe de la femme, l’homme découvre d’abord, toujours selon Freud, un pénis manquant. Il conclut qu’il sera lui aussi privé de son pénis qu’on peut lui couper s’il désire coucher avec sa mère, ce qu’il ne saurait éviter – puisque le complexe d’Œdipe est pensé par Freud comme universel…

L’homosexuel, quant à lui, est incapable d’un amour par étayage, autrement dit par choix de l’ être du sexe opposé – ce que précise Pour introduire le narcissisme en 1914. Il subit la loi de l’amour narcissique : incapable d’aimer autrui, il s’aime lui et lui seul, d’où sa passion homosexuelle. Le développement pensé par Freud comme normal conduit, toujours selon lui, du stade oral au stade phallique en passant par les stades anal et sadique-anal. Ensuite arrive le complexe d’Œdipe et une période de latence. Le choix sexuel normal s’effectue sur le sexe opposé – sauf chez l’homosexuel qui a raté, d’une certaine manière, l’ évolution dite normale au moment oedipien.

Freud ne condamne pas l’homosexualité. Il ne met pas sa théorie au service d’une persécution sociale qu’il légitimerait, mais il fait d‘elle une perversion, (indépendamment du jugement de valeur attaché à ce mot), car elle échappe au schéma bourgeois classique qui est le sien : génital, hétérosexuel et familial.

Constatons tout de même que dans Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Freud aborde la question de « l’inversion » dans un chapitre intitulé « Les aberrations sexuelles » et que, juste après avoir abordé cette question, il aborde cette autre question : «  Immatures quant au sexe et animaux comme objets sexuels »…

Ce sont Wilhelm Reich, Eric Fromm ou Herbert Marcuse, les freudo-marxistes, qui ni freudiens orthodoxes, ni marxistes orthodoxes, mais freudiens de gauche et marxistes libertaires, contribuent à la libération (homo)sexuelle : Mai 68 aura été le grand moment freudo-marxiste des libérations.

2. Le terme d’«inversion», employé par Freud pour désigner l’homosexualité, est-il chargé d’une connotation morale ?

D’une certaine manière, oui : on inverse un ordre dont on pense qu’il est le bon…

3. Freud a-t-il évolué au fil des ans sur la question de l’homosexualité ?

Je ne pense pas, alors qu’il a analysé sa fille Anna plusieurs années, qu’il a également Anna Freudanalysé la maîtresse de sa fille, Dorothy Burlington, et qu’il avait dès lors un matériau de premier choix pour tâcher de comprendre la généalogie de l’homosexualité. Il sait que sa fille a refusé les hommes, qu’elle était attachée de façon pathologique à lui. En 1919 il a écrit sur la sexualité d’Anna dans « Un enfant est battu » un texte sous titré « Contribution à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles » (elle même a rédigé un texte sur le même sujet sous le titre « Fantasme d’être battu » et rêverie en 1922, un travail qui vaudra habilitation à devenir analyste…), qui met en perspective onanisme, sado-masochisme, (en l’occurrence jouissance dans la fustigation), désir oedipien, mais, s’il a dans sa correspondance déploré qu’elle soit sans compagnon, (même s’il a tout fait pour la détourner des hommes…), il n’aborde jamais clairement la question de l’homosexualité de sa fille même quand, comme avec Lou Salomé, il va loin dans les confidences la concernant.

4. Freud était-il homophobe ou reflétait-il simplement la mentalité de son époque et de son milieu ?

Il était ontologiquement homophobe dans la mesure où il fixe une norme théorique (l’hétérosexualité, la monogamie, la conjugalité, la procréation, le familialisme) et affirme que ce qui sort de cette norme s’inscrit sous la rubrique «  perversion », et que, dans celle-ci, on trouve les homosexuels, donc, mais également les pédophiles et les zoophiles…

5. Ceux qui réfutent la thèse de l’homophobie de Freud se réfèrent souvent à une lettre qu’il écrivit en 1935 à une mère qui s’inquiétait de l’homosexualité de son fils et qui a été publié en avril 1951 par l’American Journal of Psychiatry (volume 107, p. 786-787). Dans cette lettre, Freud estime que l’homosexualité n’est « ni un vice, ni dégradante », qu’« elle n’est pas une maladie », et que sa criminalisation est « une grande injustice » ; il rappelle enfin que plusieurs « grands hommes » tels que « Platon, Michel-Ange, Léonard de Vinci, etc. » étaient homosexuels. Comment comprenez-vous cette lettre ?

Il y a, en effet, cette schizophrénie chez lui : un théoricien qui pense l’homosexualité comme une perversion, même si, je le répète, il ne moralise pas ce concept ; un père qui sait que sa fille préférée est elle-même homosexuelle ; un citoyen qui, rapporte la biographie, signe cette pétition qui invite à ne pas criminaliser l’homosexualité, ce que confirme cette lettre de 1935 qui est aussi la lettre d’un théoricien. Or on ne peut, sauf sur le papier, séparer les trois instances – le théoricien, le père, le citoyen -, ce sont en effet trois modalités, parmi tant d’autres, d’une seule et même personne… Le théoricien bourgeois viennois, homme de son temps, n’évite pas le préjugé ; le père qui aimait tant sa fille qu’il analyse découvrant son homosexualité n’évite pas la compréhension, sinon la compassion de celui que la société persécute pour son être sexuel. Freud est assez nietzschéen sur ce sujet : il reste relativement par-delà le bien et le mal… Mais convenons qu’il n’a pas endossé les habits du moraliste sur ce sujet comme sur d’autres : sa revendication de scientificité l’y obligeait…

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Bartneaud 25/03/2015 09:54

ayant plusieurs analyses (écoles de différentes obédiences) je peux vous dire que bien souvent il y a une grande différence entre ce que l'on peut lire et la pratique sur le divan; on échappe pas dans ce domaine à une sorte de"vérité du divan", réservée aux initiés (comme jadis dans les écoles philosophiques grecques) et la "vulgate" pour le grand public; ce que je dis vaut particulièrement pour l'école de Lacan, et je n'invente rien.
donc Freud lui même n'échappe pas à ce "dualisme", d'autant plus, ne l'oublions jamais Freud est "l'inventeur" de la psychanalyse, qui ne se conçoit qu'à travers le transfert du patient sur l'analyst', hors Freud, père de cette discipline, est le seul psychanalyste n'a n'avoir jamais été analysé au sens commun du terme, c'est à dire qu'il n'a pas subi l'épreuve, redoutable, du Grand Autre.
c'est pour cela que bien souvent il entrevoit des choses, sans les avoir "connues sur le divan";
dans son livre "l'interprétation des rêves" on lit facilement des désirs homosexuels de Freud, désirs refoulés, bien sûr ainsi que des choses étranges avec son père.
Nous pouvons accordé plus de crédit à Lacan, notamment quant à l'amour des femmes (domaine peu familier de Freud) et à l'homosexualité qu'il dit "guérissable" (et le docteur Lacan n'était pas homophobe)