« La psychanalyse et les psychanalystes ont fourni pas mal de thèmes aux théoriciens nazis »

Publié le par onfray

 

GeorgesPolitzer.jpgA ceux qui ne reculent devant rien pour défendre leur petit commerce freudien à Paris et qui utilisent la criminalisation de toute pensée critique à l’endroit de leur dévotion, je souhaiterais signaler ceci :

1. Le philosophe Georges Politzer a été fusillé par les nazis au Mont Valérien le 23 mai 1942. Depuis fin 1940, il travaillait à la mise sur pied d’un réseau de Résistance. Il avait trente neuf ans. En mai 1928, il avait publié une Critique des fondements de la psychologie. De 1930 à 1939, il a dirigé la Revue de psychologie concrète.

Dans La crise de la psychanalyse, en février 1929, un texte publié dans la Revue de psychologie concrète, il avait appelé à la réforme nécessaire de la psychanalyse ; souhaité en finir avec la scolastique freudienne ; invité à pratiquer un droit d’inventaire pour laisser tomber dans la psychanalyse freudienne ce qui était daté et relevait conjoncturellement des enjeux de l’époque ; affirmé que la psychanalyse freudienne était un moment dans un mouvement et qu’elle ne pouvait être la forme définitive de la psychanalyse ; voulu en finir avec « les simulacres abstraits et mythologiques » du freudisme ; démonté l’argument selon lequel toute critique de la psychanalyse venant d’un non psychanalyste ou d’un non psychanalysé était nulle et non avenue ; stigmatisé « la conception magique » de la psychanalyse. De même, dans Psychanalyse et marxisme, publié dans la revue Commune en novembre 1933, il avait annoncé la mort de la psychanalyse avant même celle de Freud…

2. Avant le peloton d’exécution, il a eu le temps d’écrire assez de textes pour qu’après sa mort, les éditions sociales publient un ouvrage de lui intitulé Contre le nazisme. Écrits clandestins. Février 1941.

3. Dans La fin de la psychanalyse, un texte paru dans La Pensée, une revue communiste d’octobre-novembre-décembre 1939, il écrit ceci :

« Il suffit de feuilleter n’importe quel ouvrage psychanalytique pour se rendre compte à quelles puérilités peut aboutir la ‘sociologie freudienne’. Indiquons seulement qu’en fait Freud et ses disciples ont été amenés à proposer les ‘complexes’ à la place des forces motrices réelles de l’histoire. La ‘sociologie’ à laquelle ils ont abouti ainsi fait apparaître à la surface l’idéalisme que la doctrine contient à la base.

Par cet aspect des théories psychanalytiques, le mouvement issu de Freud a rejoint, par-delà la réaction philosophique, la réaction sociale et politique » - page 292 des Écrits 2. Les fondements de la psychologie, Éditions sociales.

Quelques lignes plus loin, on peut également lire ceci : « On a souvent fait état, dans les milieux psychanalytiques, de l’exil de Freud symbolisant la condamnation de la psychanalyse par les nazis.

Certes, il y a eu des déclamations nazies contre la psychanalyse. Il n’en est pas moins vrai que la psychanalyse et les psychanalystes ont fourni pas mal de thèmes aux théoriciens nazis en premier lieu celui de l’inconscient.

L’attitude pratique du nazisme à l’égard de la psychanalyse a été déterminée essentiellement par des raisons tactiques.

En prenant des allures d’iconoclastes, les psychanalystes ont profondément heurté les sentiments des masses des classes moyennes. Telle est la spécialité historique de l’anarchisme petit bourgeois.. En plus de la question raciale, c’est pour exploiter ce fait que le nazisme a dénoncé quelque peu le freudisme, mais cela ne l’a jamais empêché, ni d’intégrer les psychanalystes parmi le personnel nazi, ni d’emprunter des thèmes à la doctrine freudienne », pages 300 et 301.

4. Faut-il, comme il est convenu de le faire chez les tenants de la milice freudienne, proclamer que Politzer, philosophe communiste, fusillé par les nazis au Mont Valérien pour faits de Résistance, réactive dans les pages citées ci-dessus les thèses de l’extrême droite ? Que Politzer est antisémite ? Que Politzer se fait le complice du nazisme ?

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